Le Ventoux à vélo par Bédoin : 21 km, 1 600 m, la forêt avant Reynard

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Grimper le mont Ventoux depuis Bédoin, c’est accepter un contrat en deux parties bien distinctes : une longue forêt de hêtres et de pins qui tient la chaleur à distance, puis un plateau de pierraille blanche, à ciel ouvert, où le vent décide de tout. Sur environ 21 kilomètres pour près de 1 600 mètres de dénivelé, ce versant reste le plus emprunté et le plus exigeant des trois voies d’accès au sommet.

Un profil qui se joue en deux actes

Les premiers kilomètres depuis Bédoin montent progressivement, entre vignes et garrigue, avant que la route ne s’enfonce dans la forêt domaniale du Ventoux. C’est là, à l’ombre, que se joue la partie la plus régulière de l’ascension : une pente soutenue mais constante, sans à-coups violents, qui laisse le temps de trouver un rythme. La sortie de la forêt, au niveau du Chalet Reynard, marque une rupture nette de paysage et de température.

Passé ce point, la route grimpe à découvert sur un plateau de calcaire blanc que les cyclistes surnomment le désert du Ventoux. Plus aucun arbre pour couper le vent ni le soleil sur les derniers kilomètres, jusqu’à l’antenne et l’observatoire qui marquent le sommet. C’est aussi là que la pente reste la plus soutenue, au moment où les jambes ont déjà donné l’essentiel de leur réserve.

Une montagne devenue une légende du vélo

Peu d’ascensions cyclistes portent un nom aussi reconnu que celui du Ventoux. Régulièrement inscrit au programme du Tour de France, le sommet a nourri sa réputation autant par ses paysages que par les récits d’étapes qui s’y sont jouées au fil des éditions. Ce statut particulier attire chaque année des cyclistes venus de loin, pas seulement pour la performance mais pour cocher une ascension qui fait référence dans le milieu, au même titre que les grands cols alpins.

Cette notoriété a un revers : les jours de beau temps, la route de Bédoin peut voir passer un flux continu de cyclistes, en particulier sur les derniers kilomètres du plateau où la chaussée se resserre visuellement entre les blocs de calcaire. Partir tôt permet aussi d’éviter ce trafic et de profiter d’une montée plus tranquille, avant que la chaleur et la fréquentation ne s’installent ensemble.

Trois versants, une même montagne

Bédoin n’est pas la seule porte d’entrée. Malaucène, au nord, propose un profil comparable en longueur et en dénivelé, réputé irrégulier avec des passages plus raides que la moyenne. Sault, à l’est, offre l’itinéraire le plus long mais le plus progressif, avant de rejoindre la route de Bédoin au niveau du Chalet Reynard pour l’assaut final sur le plateau minéral. Le choix du versant change la difficulté ressentie autant que le paysage traversé.

Versant Caractère du profil Particularité
Bédoin Long, régulier en forêt, très soutenu sur le plateau final Voie la plus fréquentée, référence historique
Malaucène Irrégulier, passages raides répétés Moins d’ombre continue que Bédoin
Sault Le plus long, pente plus progressive en première partie Rejoint la route de Bédoin au Chalet Reynard

Le vent, la vraie difficulté du sommet

Le Ventoux doit une partie de sa réputation à son exposition au vent : sa position isolée, en avancée sur la vallée du Rhône, en fait un sommet où les rafales comptent parmi les plus fortes mesurées en France, avec une station de mesure de Météo-France installée au sommet depuis longtemps. Un ciel calme à Bédoin ne garantit rien sur le plateau : le vent peut forcir brutalement sur les derniers kilomètres, au moment où le corps est le plus fatigué et le plus exposé au refroidissement.

Consulter les prévisions locales de Météo-France avant de partir, en particulier la force du vent annoncée en altitude, permet d’ajuster l’horaire de départ ou, certains jours, de renoncer au sommet pour se contenter du Chalet Reynard. La montagne restera là le lendemain.

Gérer l’effort sur une montée aussi longue

Sur une ascension de cette durée, le principal piège reste de partir trop vite dans les premiers kilomètres, portés par des jambes fraîches et une pente encore modérée. La forêt, plus régulière, se prête à un rythme soutenable qu’il faut absolument garder en réserve pour le plateau final, où la pente ne faiblit pas et où le vent ajoute sa propre résistance. Un braquet suffisamment souple, capable de mouliner sur les passages les plus raides sans forcer sur les genoux, change davantage l’issue de la sortie qu’un cadre plus léger.

La cadence de pédalage compte autant que la puissance brute : tourner les jambes plus vite sur un braquet plus léger fatigue moins sur la durée qu’insister en force sur un rapport trop dur. Beaucoup de cyclistes découvrent ce réglage seulement sur le plateau, une fois la pente devenue permanente, quand il est déjà trop tard pour changer de stratégie sans y perdre du temps précieux.

Matériel et ravitaillement à prévoir

La différence de température entre la forêt et le sommet peut atteindre plusieurs degrés, et le vent accentue encore la sensation de froid en descente : un coupe-vent compact, même en plein été, change le retour. Côté ravitaillement, le Chalet Reynard reste le seul point de passage logique pour reconstituer ses réserves avant l’assaut final, la partie la plus minérale de l’ascension n’offrant plus aucune source d’eau.

Sur la question du ravitaillement en cours d’effort, notre rubrique Santé & Nutrition détaille les repères de glucides et d’hydratation adaptés à une ascension longue de ce type, utiles bien avant d’attaquer les premiers lacets.

Quand grimper

Le printemps et le début de l’automne restent les périodes les plus confortables : la chaleur de la forêt se supporte mieux, et le plateau sommital, déjà venteux par nature, l’est davantage encore lorsqu’un système froid traverse la région. En plein été, la chaleur accumulée dans les premiers kilomètres avant la forêt peut suffire à entamer les réserves d’un cycliste parti trop tard dans la matinée. Le Ventoux ne se grimpe pas contre l’horloge : il se grimpe avec elle, en partant assez tôt pour redescendre avant que le vent d’après-midi ne se lève sur le plateau.

Redescendre demande autant d’attention que monter : sur le plateau minéral, les rafales latérales peuvent déstabiliser une roue à haute vitesse, et la route sinueuse en forêt réclame un freinage anticipé plutôt qu’appuyé au dernier moment. Beaucoup de cyclistes, concentrés sur l’effort de la montée, sous-estiment cette phase où les mains, engourdies par plusieurs heures d’effort, doivent encore répondre avec précision.


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